lundi 8 avril 2013

Gabelle à Prinçay



Nous  sommes à la Croix Fleuriau à Prinçay  en Octobre 1753.
Dans le Poitou d'alors, la vie ne manque pas d'sel. Le royaume de France se divise autour de la Gabelle. L'impot le plus impopulaire de tous les temps, n'est pas perçu également partout. Certaines zones du territoire dites "redimées" ne versent pas la Gabelle au roi. Elles ont payé le droit de gérer le sel. Ce qui ne signifie pas loin de là que tout soit possible. Néanmoins le sel blanc du Poitou qui vient de l'île de Ré est dans cette zone du pays, moins cher qu'ailleurs. Chatellerault est en limite de zone de gabelle. Le marché noir du sel blanc du Poitou vers la Touraine va bon train. Le roi organise la police et les gabelous veillent. Les arrestations, les procès sont nombreux. Les trafics variés, les filles cachent le sel sous leurs jupons, et les gabelous fouillent et goûtent ceux qu'ils soupçonnent de faux-saunage, la préhistoire de la police scientifique ;-).
Bref la France d'avant, de la débrouille, comme celle de plus tard ;-)

A l'époque, la Croix Fleuriau est sur le chemin des bois qui mène de Chauvigny à Chatellerault.
Le soir du 9 Octobre, après une dure mais infructueuse journée, Luce Protais le gabelou, décide avec ses comparses (Charles Duponchet et Louis Roturier) de se poster à la Croix Fleuriau, il pense coincer des contrebandiers. Le lieutenant Nicolas Gonneau de la brigade de Senillé se poste lui à la Croix Mailloux à quelques centaines de mètres de là avec ses trois gardes (Pierre Girard, Martin Duval, et François Moreau).
Sur les coups de 9H du soir Protais voit arriver 7 à 8 hommes à cheval.

Protais et sa bande surgissent pour les arrêter mais il ne s'agit que d'une avant garde. Une cinquantaine de cavaliers galope vers la Croix.
Protais appelle Gonneau à l'aide et la bataille commence.
Les gabelous sont vite débordés par l'ampleur de la troupe des contrebandiers.
Moreau s'enfuit en vitesse par les bois.
Tentative d'étranglement au foulard sur Duponchet.
Pluie de coups pour les autres. Roturier, bras cassé, s'évanouit.
Duval la tête en sang panique, on lui promet de lui couper la langue. Dans la pagaille, il réussit à se cacher dans les broussailles.
Les faux-saulniers, comptent 5 morts qu'ils hésitent à charger sur leurs chevaux, y renoncent et poursuivent leur route au galop.
Moreau revient sur les lieux, où il trouve trois cadavres défigurés ( Protais Luce, Pierre Girard et Nicolas Gonneau) et deux blessés (Roturier et Duval).

A Prinçay, on a bien entendu le remue-ménage mais personne n'a bougé une oreille.
Le curé Marquet se rend sur place pour confesser Duval bien mal en point.
C'est la plus grosse affaire de trafic de sel de la région.
Elle va mobiliser le Président Camus des dépots de sel de Chatellerault et le Procureur du Roy Gerome Sainton qui vont se déplacer à Prinçay et Availles pour mener l'enquête.
Cinquante témoins seront interrogés. Mais les gabelous n'auront que peu de soutien, personne n'a rien vu, personne n'a rien entendu. Personne n'a bougé de la nuit, mais au p'tit matin tout le monde va voir.
L'affaire restera un mystère.
 Personne n'arrêtera jamais les assassins des Gabelous de la Croix Fleuriau.


Duval s'en est-il sorti ? Ou a-t-il été inhumé ailleurs ?
Je ne le retrouve pas dans les registres.


Cette histoire et combien d'autres tout aussi cocasses, étonnantes, très documentées, dont nos p'tits villages sont les théatres, est racontée dans un livre passionnant :


Disponible partout dans le Poitou, et sur internet bien sur.

Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !


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5 commentaires:

  1. waouah !!! ça rigolait pas à la Croix Fleuriau !!!

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    1. Et ça devait avoir fait un sacré ramdam, parce qu'entendre de chez moi ce qui se passe à la Croix Fleuriau !

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  2. Coïncidence ? Aujourd'hui une étude montre que l'excès de sel cause près de 2,3 millions de décès par an !

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    1. Rétablir la gabelle... Chut on ne va pas donner cette piste à nos gouvernants ;-)

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