lundi 22 avril 2013

Souterrains de Prinçay.

La sorcière et les Fadets !
En 2009, Eleonor des Chemins de Traverse, avait trouvé Lulu Sorcière au hasard du net en préparant sa visite des souterrains de Prinçay.
 J'avais promis de l'y rejoindre.
Je n'étais pas descendue dans ce lieu magique depuis des années.
Les souterrains de Prinçay,  font partie des plus beaux souterrains refuge du Poitou. Au plus profond, nous sommes à 10m, au plus loin au Xème siècle sinon plus, la salle des Fadets taillée en voûte d'arête est splendide.
Eleonor est spécialiste des sites troglodytes et manifestement elle a été séduite par les lieux.
Salle des Fadets, salle des veillées, silots, cheminées d'aération, puits piège, inscription templière,
suivez le guide. 


A Prinçay le guide c'est
 François Dumoulin, Président des Amis de Prinçay
 qui fait visiter ce site sur rendez-vous.
TEL : 05 49 93 62 75
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Les Bulletins de la Société des Antiquaires de l'Ouest, société savante qui depuis  le 19ème siècle répertorie, raconte, les trésors du Poitou.
Voici les plans et la description des souterrains retrouvés tels qu'ils étaient  en 1855.

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Les cryptes de Prinçay, pratiquées à double étage sous les maisons mêmes du village actuel et les fondations de l’église, présentent quelques particularités.

Tout à l’extrémité du souterrain, formé à l’ordinaire de galeries d’inégales dimensions mettant en communication diverses salles en forme de rectangles irréguliers, s’ouvre un dernier réduit assez vaste simulant une architecture grossière. Cette large salle, à peu près carrée, est recouverte par des voutes d’arête que supportent deux rustiques piliers placés au milieu, et dont le rocher même a fait tous les frais.
Tout autour de l’enceinte, comme dans les salles qui précèdent, on a réservé dans le tuf un cordon de banquettes que surmontent des niches propres à recevoir des lampes ou autres objets.


Les tubulures à air sont multipliées dans ce souterrain avec plus de luxe encore que les autres, et, chose notable, on en remarque quelques unes pratiquées obliquement et allant aboutir à de profondes cachettes que des éboulements ont rendues désormais inaccessibles. Leur destination accoustique est donc bien evidemment établie cette fois.
A l’aspect de ces bancs, de ces niches, de ces voûtes ébréchées retombant sur des pilastres à demi engagés dans les parois du tuffeau, des débris de cette table ou peut-être de cet autel, qui réunissent encore les bases des deux piliers du milieu, on est tenté de supposer une imitation de crypte chrétienne, quelque chose de tout pareil aux catacombes romaines, greffées elles-mêmes sur quelque ancienne retraite des druides.
Ecoutons en effet l’’écho des souvenirs populaires, et cet écho nous dira des noms précis pour chacun des deux derniers réduits des cryptes de Prinçay. Celui qui termine le labyrinthe, c’est la grande salle des Fadets, et celui qui précède c’est la salle de la Veillée.
Les Fadets ce sont les fées du moyen-âge et les druidesses de l’antiquité gauloise.

La salle de la Veillée, c’était peut-être le lieu où les néophytes chrétiens passaient les veilles des fêtes solennelles qu’on célèbrait dans la grande crypte du fond, purifiée par le christianisme encore persécuté. Ajoutons que les ossements humains fréquemment rencontrés dans le sol de ces profondes grottes peuvent leur donner en outre le caractère d’ossuaires sacrés.





Les premières recherches concernant les souterrains de Prinçay débutent en 1855, au-delà des légendes et des croyances, une approche descriptive et scientifique commence.

Le premier explorateur de Prinçay est Alphonse Le Touzé de Longuemar (1803-1881), ancien capitaine, il quitte l’armée en 1832 sillonne le Poitou et raconte ses découvertes (archéologie, légendes, géologie, histoire). Pierre Amédée Brouillet sculpteur (dont le fils André peintre immortalisera l'hystérie décrite par Charcot), l’accompagne ( 1826-1901), nous leur devons les premiers croquis des souterrains qui paraitront au Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest .

A l’époque nous sommes loin des aménagements faits par Monsieur Dumoulin, actuel propriétaire des souterrains. L’entrée est encombrée de décombres et de ronces, on tatonne éclairé à la bougie.
Après avoir un peu tourné en rond dans les galeries supérieures, ils s’enfoncent à 4 m sous terre pour aboutir à une salle assez vaste « dont le pourtour est garni de banquettes » et de niches : La salle de la veillée. Amédée et Alphonse découvrent alors un couloir miystérieux menant à la salles des Fadets, dont ils nous apportent la première description .
Allez, on les écoute nos valeureux explorateurs :

« Respirons ! Nous voilà tout à coup en plein moyen-âge ! ».

Le souterrain est décrit en détail, il est bien noté qu’il ne s’agit pas d’une cave ou d’un cellier. Les couloirs sont répertoriés, ainsi que les banquettes, niches et conduits d’aération, autant d’éléments d’une cavité artificielle à l’architecture spécifique…..

L'abbé Lalanne (1859), Enlart (1904), Blanchet (1923), Pouliot (1938), l'abbé Longer (1941), Turquois (1966), Broëns (1976), la Société des Antiquaires de l'Ouest, la Société des Sciences de Chatellerault, la Société préhistorique de France, la Société française d'étude des souterrains, il ne manque pas de bonnes fées pour se pencher sur la salle des Fadets et tenter d'en percer les secrets !



Les souterrains vivent, les habitants de Prinçay, y laissent leur marque....

La seconde guerre mondiale ravive leur fonction refuge, on y cachera les vélos réquisitionnés par l'armée allemande qui occupe Chatellerault et Availles avec. Bref, Prinçay fait de la résistance !

Au dernier tiers du 20ème siècle, les fouilles se poursuivent,  François et Alain,  aventuriers de Prinçay, nos explorateurs contemporains, passionnés des lieux et de leur histoire, vont dégager d'autres galeries, consolider, retrouver ossements, des poteries, des outils, des boiseries.

Les aménagements intérieurs  progressent, la lumière s'installe, les lieux se sécurisent, les visites sont désormais possibles au public à l'occasion de la fête annuelle de Prinçay , offrant aux amoureux de la région, l'agrément de découvrir ces magnifiques souterrains refuge.
Comme vous le voyez sur ce plan, de nouvelles galeries ont été découvertes, les salles sont sur deux niveaux, ce qui amène le visiteur à environ 10 mètres de profondeur....
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Dans les années 90, les archéologues de Poitiers pointent leur nez, répertorient à leur tour, grognent  et interrompent la poursuite des fouilles faites par les autochtones ;-) qui, s'ils ont bien avancé le travail, n'ont pas toujours oeuvré avec un p'tit pinceau, dans les règles de l'art.
Des datations sont faites, des objets, des fragments de poteries racontent l'histoire de ces lieux,
 mais, le mieux étant l'ennemi du bien de notre formidable époque moderne, et bien comment dire...
ça avance un "peu" moins vite ;-)
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Recette pour creuser un souterrain ! 

Ingrédients :
-Implantation près des activités des hommes. Prinçay était une motte (ancêtre des châteaux forts), les souterrains sont creusés sous la motte, directement dans le sous sol des habitations.
-Trouver une roche saine, facile à tailler, à l’abri des infiltrations d’eau de ruisselement. Ici on creuse dans la tuffe (calcaire).
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Commencer par creuser une pente douce afin de confirmer la qualité de la roche et d’établir la stéréotomie et la profondeur de creusement du souterrain.

Installer ensuite des cheminées d’extraction, autant que de salles à creuser. A Prinçay, on retrouve cinq fronts de taille où travaillaient les hommes entre 4 et 10 mètres de profondeur .

Relier les salles et les fragments de galeries entre eux, en se repérant tant bien que mal, depuis la surface par des ouvertures ou directement sous la terre par percussion ou par forage de trous de sonde horizontaux. Tout ça se faisant un peu par tâtonnement on retrouvera des erreurs d’aiguillage raccords avortés…


A Prinçay, on bricole bien, la preuve. Les raccords sont bien établils, et les volumes sont bien répartis sur trois niveaux de hauteur.

Quand tout est creusé, on bouche les cheminées, en les couvrant de dalles et on les comble de terre en surface.

Un système d’aération a été ménagé à chaque angle,

habillé d’un empilement de poteries emboitées préservant la qualité de l’aération.
Les souterrains de Prinçay ne présentaient à l’origine qu’un seul accès, là où la tranchée a été creusée en pente douce. Un toit de dalles de pierres ou de silex transformait l’entrée en allée dont l’allure mégalithique a égaré bien des archéologues peu avisés.
Le souterrain ainsi établi présente une double architecture : creusée et enterrée. Tous les aménagements taillés dans le calcaire sont monolithes : tantôt évidés, tantôt ciselés dans la roche. Par contre tous les éléments installés entre le sous-sol et la surface sont soigneusement construits, suivant les règles utilisées pour les bâtiments de surface de la même époque et enterrés.

Le souterrain de Prinçay, pourtant grand et vaste, est entièrement contenu dans une surface au sol qui ne dépasse pas 1000m2. La longueur totale développée de ses galeries et de ses salles n’atteint pas 120 ! La plus grande longueur d’une extrémité à l’autre est de 40m.

Nous sommes loin des km que l’on prête habituellement à ces cavités. Il ne s’agit pas non plus de grands couloirs courant dans la campagne mais bien de surface habitable formée essentiellement de salles : elles représentent à elles seules les 2/3 de la surface totale.

On sort donc de la légende qui voudrait que des galeries relient un village à l’autre ou un château à l’autre, passant sous les rivières….
Les souterrains sont des espaces clos ramassés sur eux-mêmes, les couloirs ne servent qu’à relier une salle à l’autre.
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Voilà à quelques mots près ce que nous dit de l’architecture des souterrains de Prinçay, Mr Piboule, j’ajoute que lorsqu’on a comme moi un grand sens de la désorientation, il est bien difficile de projeter vers la surface l’endroit où l’on vient de poser le pied !
Je ne suis pas apte à le faire, mais j’espère qu’un jour prochain un curieux du sujet, habile en 3D, nous concoctera la version 21ème siècle des plans souterrains de Prinçay !


Un souterrain pourquoi faire ? 

Les hypothèses en la matière ne manquent pas, mais comme la science n’est qu’une longue suite d’erreurs de gravité décroissante, voyons un peu l’historique des hypothèses.

- A de Longuemar considère qu’il s’agit d’un souterrain refuge. Construit afin de protéger les populations pendant les périodes d’insécurité, avec une sortie de secours et destiné donc à n’être utilisé que de façon très temporaire.
- M. Broëns en fait une interprétation différente. La crypte (salle des Fadets) est un véritable hypogée. C’est une demeure souterraine pour les esprits construite par les sectes du moyen-âge comme les Cathares, pour dissimuler les pratiques hérétiques aux yeux de l’église officielle.

A la lumière des connaissances actuelles, voici des hypothèses fort contestées….
- Ce n’est pas une hypogée, d’une part car les Cathares ignoraient les cérémonies et les offrandes funéraires et n’avaient pas besoin de souterrains aux esprits.
- D’autre part les souterrains sont antérieurs aux Cathares.

- Les fouilles entreprises révèlent un usage domestique de ces souterrains, on y trouve des vestiges matériels l’attestant.

- Ce ne sont pas des souterrains refuge non plus, car ils ne sont pas dissimulés et qu’ils ne possèdent qu’un accès. Néanmoins on trouve des puits piège, et des feuillures permettant de se garder d’éventuels assaillants.


Tout prouve que ces souterrains sont utilisés de façon permanente : Ce sont des souterrains aménagés, ils assurent ainsi au XIIème siècle trois fonctions :

- Stockage :

 grains, fruits sont conservés près de l’entrée dans des silos , des réduits, ou des salles.


Eau courante.....

A tous les étages... Le puits est profond de plus de 20m.

- Habitation : particulièrement en hiver pour lutter contre le froid .

 A noter que la salle des fadets bénéficie d’une température notablement plus douce que celle des autres salles.

- Défense : de défense passive avec fermeture des accès, puits piège et pour certains souterrains du Poitou architecture militaire .



(dessine moi un bonhomme dans les souterrains de Prinçay)
Les archéologues plus ou moins patentés qui ont arpenté les couloirs sombres et les salles des souterrains ne s'accordent pas toujours sur la datation...
Certains attribuent les cryptes au néolithique, ou bien aux gaulois, parfois aux premiers chrétiens, ou aux paysans du moyen-âge.
Dessin  attribué aux templiers... Marie-Madeleine est juste au-dessus, c'est le nom de notre petite église, cherchez le code ;-)

Le travail des archéologues d'aujourd'hui, les méthodes de datation, le dépouillement des archives permet aujourd'hui d'affirmer que la période d'occupation des souterrains se situe principalement au 11ème et au 12ème siècle. Certains éléments plaident en faveur du Xème siècle,

en particulier les poutres retrouvées dans la salle la plus ancienne (elles ont plus de mille ans).
On sait que l'on creuse encore au 13ème siècle.
Les souterrains vont évoluer au cours du temps. A prinçay on notera des aménagements, des retailles, des utilisatioins  nouvelles tout au long du moyen-âge et pendant les périodes plus récentes.
A l'époque récente, ce sont les carriers qui vont dégrader les galeries
On sait qu'encore au 19ème siècle, les habitants de Prinçay et des communes voisines se réunissaient dans la salle des veillées et dans celle des Fadets.
Et qu'est ce qu'on y trouve dans les souterrains ?? Des légendes, des graffitis, des chauve-souris, des p'tits morceaux de poteries, d'outils, de briques ou de tuiles, mais  des trésors en écus ou en louis d'or personne n'en a jamais trouvé ! 



Règlement des Soutterrains ! 

En 1855, les explorateurs comptaient à peine 10 souterrains dans le Poitou.
Je vous laisse juge des progrès...  aujourd'hui on en répertorie plusieurs centaines !
Le temps qui passe sur les lieux creusés et abandonnés entraine des infiltrations d'eau, des érosions et des dépots. Les espaces se remplissent et les souterrains disparaissent.
 A l'occasion d'un labour, d'un arbre qui s'enfonce, d'un piquet de tomate qui disparait mystérieusement, les voilà qui renaissent !
On trouve ainsi des talus de comblement au niveau de l'entrée, des strates de décomposition, des couches d'occupation qui permettent de dater les époques d'occupation et de construction.

Voici donc les devoirs du citoyen explorateur découvreur :
- "Nul ne peut effectuer sur un terrain lui appartenant ou appartenant à autrui des fouilles ou des sondages à l'effet de recherches de monuments ou d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie, sans avoir obtenu au préalable l'autorisation. "
- Il faut éviter de multiplier les ouvertures, la circulation d'air dégrade les galeries.
- Il faut cloturer pour éviter les accidents.
- Il faut prévenir la mairie de sa découverte, qui alertera  le ministère de la culture afin d'évaluer l'intérêt des lieux.

Et il faut bien sur s'appuyer sur les passionnés et les associations qui vont avec pour faire vivre ce patrimoine et l'histoire qui va avec.


Grâce à vos commentaires on aura peut-être ...Un p'tit plus pour le tout !


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